COMMENT ÇA VA ?

adirelarigotCet été, mes vacances ont été abrégées au bout d’une semaine, car je suis tombée d’un rocher en crapahutant. Rien de grave, juste un ligament abîmé sur un genou, mais au vu du volume considérable qu’il avait pris le soir même, et la difficulté à me déplacer le lendemain, je suis rentrée fissa à la maison via les urgences de l’hôpital à Annonay. Rendez-vous avec un orthopédiste, une semaine après, histoire que le genou dégonfle avant.
Je ne savais pas quel toubib j’allais rencontrer, je n’en connaissais que le nom, et je sais -par expérience- qu’un bon chirurgien ou médecin peut avoir de grosses lacunes humainement. Jackpot ! J’ai rencontré un homme, doublé du médecin, qui a pris le temps de m’écouter et de m’expliquer mon genou, et qui m’a ordonné une belle attelle m’offrant la perspective de bientôt, oui bientôt, retourner au cœur de ma mère Nature, dans ses gorges, ses grottes et ses gouffres, ses cols, ses rivières en cascades, m’en mettre plein les yeux, le pif, les jambes et la tête, alouette, aaaah.
En attendant, pour ma première sortie en solitaire dans l’herbe et les fleurs, j’ai courageusement choisi de prendre une béquille en plus de l’attelle, et suis partie en direction du col de l’Oeillon.
Je n’avais pas pensé que nous étions au mois d’août, qu’il faisait beau, très beau, et que c’était dimanche.
En montant, en voiture, un motard qui arrivait en face m’a évitée de justesse, il regardait dans son rétro si le copain suivait, et dérivait dangereusement sur moi. Certains marcheurs, le nez en l’air sur la route, marchaient à deux ou trois côte à côte, youkaïdi youkaïda, on est en vacances, il fait soleil, et pareil avec des groupes de cyclistes derrière lesquels j’ai souvent dû attendre avant de pouvoir doubler.
Enfin, je me suis offert une pause sur l’esplanade qui embrasse la vallée, en jetant un œil nostalgique sur l’escalier de fer qui descend aux trois dents, et l’autre œil désolé sur toutes les personnes qui avaient investi les coins où l’on peut s’asseoir.
Puis je suis redescendue vers mon petit village, re - marcheurs, cyclistes, motards, voitures aussi -, dont une arrêtée au milieu de la route, juste derrière un virage. Apparemment le chauffeur cherchait sa direction sur une carte routière, j’ai donc mis le warning et patiemment attendu qu’il redémarre en surveillant mon rétroviseur, après tout j’étais en vacances, moi aussi, et ne bénéficiai-je pas, depuis quelques jours, du statut de patiente ?
Avant de réintégrer mon cocon d’appartement, l’attelle autour du genou, la béquille au bout d’un bras, j’ai croisé des connaissances sur le trottoir entre ma voiture et ma maison : « ça va ? qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? »
Je suis toujours rêveuse devant les diverses intonations que l’on peut mettre sous cette formule du « ça va ? », du regard de la personne qui la pose, de l’intérêt qu’elle vous porte. « Ca va » poli, « ça va » mécanique, « ça va » sincère, allez, ça va l’faire !
J’ai un jour été confrontée à ça de façon frappante quand mon chien, mon fidèle, mon ami, mon toujours, est mort. J’avais rencontré quelqu’un dans la rue qui m’avait demandé comment j’allais, et je lui avais confié mon deuil. Il avait semblé désolé avec moi mais, au bout de quelques minutes, m’avait dit « et à part ça, ça va ? ».

Hier j’ai failli craquer. A Gifi. Je suis passée en caisse avec un grand cadre photos que j’imaginais caler sous mon bras, l’autre étant monopolisé par la béquille. Avec, j’avais pris de menues babioles qui, elles, pourraient être portées facilement dans un sachet, par les doigts de l’une ou l’autre main ? J’avais fait mes achats en calculant tout ça.
Quand j’ai demandé à la caissière un plastique pour mettre les petits trucs, elle m’a répondu « il coûte cinq centimes ».
- J’ai un sac dans ma voiture, je n’ai pas pensé à le prendre, mais vous pourriez me donner un tout petit sachet que je pourrais crocheter à mes doigts, j’ai une béquille ?
- Et pourquoi je vous donnerais un sachet à vous et pas aux autres ?
-...??...”
Nous avons eu un échange vif, très vif, et j’ai regretté d’avoir déjà payé et de ne pas pouvoir planter là mes achats. Heureusement je suis arrivée à tout bourrer dans mon petit sac à dos, et j’ai réussi à ne pas claquer la porte en partant.
De toutes façons, mes mains étaient mobilisées.
Et la porte était coulissante.
Morale de l’histoire : si un jour vous vous retrouvez handicapé d’une façon ou d’une autre, réjouissez-vous, ça va vous enrichir aux niveaux relationnel et émotionnel.
Annette Foëx

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