IL Y A 100 ANS

100ans01Le 3 août éclatait il y a 100 ans le premier conflit mondial au cours duquel plus de 9 millions de soldats, d’ici et d’ailleurs, allaient trouver la mort.
Parmi les survivants, le nombre de blessés – gazés, amputés ou invalides – se compta lui aussi en millions. Les ‘‘gueules cassées’’, tout comme les soldats revenus indemnes, les veuves et les orphelins, furent marqués à tout jamais. La guerre a causé des séquelles démographiques profondes et des dévastations dramatiques, dont les conséquences ont eu une portée considérable pour l’Europe et pour ses peuples : ‘’le vieux continent’’ perdit sa suprématie, les populations civiles durent apprendre à dépasser le traumatisme.
Alors que le dernier témoin de la Grande-guerre s’est éteint, que reste-t-il de cet épisode sanglant de l’histoire mondiale ? Des noms inscrits sur un monument aux morts, des ouvrages de référence bien sur, mais aussi des lettres jaunies et des photos : les dernières traces précieusement conservées par les familles. Un siècle nous sépare de la der des der, pourtant, l’émotion reste intacte à la lecture de cette correspondance.
Pour preuve, le témoignage rapporté ici confié par la famille Perreton. Lucien Paret, 24 ans en août 1914, est originaire de Saint-pierre-de-Bœuf. Avec son régiment d’infanterie, il a rejoint les Vosges d’où il correspond avec sa femme Octavie. Leur fille, Rose, est née au mois de mai 1914.

 100ans02Epinal, le 18 août 1914
Ma chère Octavie,
Tu ne saurais croire le plaisir que j’ai eu dimanche soir de recevoir ta lettre car le temps me durait beaucoup de savoir de vos nouvelles et je m’empresse de vous donner des miennes. Nous sommes toujours à Epinal mais on parle de partir sur la frontière demain matin comme nos troupes sont entrées en Allemagne.
Aujourd’hui (…) des mitrailleuses ont tiré sur un aéroplane allemand qui lançait des bombes. (…) Dans ma compagnie, il n’y en a pas beaucoup que je connais, deux de Bourg-Argental et un de Pélussin, mais on est tous camarades.
(…) En attendant de se revoir, reçois ma chère Octavie les meilleurs baisers de celui qui t’aime et pense à tous. (…)
L. Paret
Ecrire à : Armée en campagne,
L. Paret, 358e régiment d’infanterie,
6e bataillon, 23e Cie. Epinal, Vosge

(sans date)
Ma chère Octavie,
Je t’écris deux mots pour te donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé malgré que nous venons d’Alsace.  On a passé les frontières de 18 kilomètres. On a vu les Prussiens. Je te dirais qu’on a eu de la chance, notre artillerie les a repoussés car nous n’étions pas en nombre. On entendait siffler les obus, je ne peux t’expliquer cela, je te le raconterais quand je serais à Bœuf.
On était de réserve alors on a fait venir l’actif, on a repassé les frontières et on est (à nouveau) en France. Ne t’ennuie pas, nos troupes sont toutes en Allemagne mais il n’y a pas un Prussien en France. Voilà quatre jours que je ne me suis pas couché. On couchait dehors, malgré cela je ne me suis pas enrhumé.
Bien le bonjour à tous et embrasse les bien fort pour moi et surtout notre petite Rose.  (J’ai) toujours pensé à toi et à toute la famille car la compagnie était en avant poste et nous avons été heureux quand l’active est venu nous remplacer à 2 heures du matin.
Celui qui t’aime,
L. Paret.

Quand elle écrit sa lettre le 24 août, Octavie ignore que Lucien est mort au combat ce même jour. Sans nouvelles de lui, elle continue sa correspondance…

100ans03Lundi 24 août 1914
Mon cher Lucien,
Tu ne saurais croire comme je suis heureuse d’avoir reçu de tes nouvelles. (…)
Nous sommes tous en bonne santé pour le moment, ta petite Rose est toujours bien gentille (…) Je suis bien heureuse de penser que tu as passé quelques jours à Epinal dans ma famille (…)
Tu dis que tu pars enfin : ne t’ennuie pas pour cela puisque c’est le devoir, il faut prendre du courage. J’espère que bientôt tu viendras nous revoir. De penser à ce jour heureux diminue un peu la peine.
(…)Mon cher Lucien, si tu as besoin de quelque chose que je puisse t’envoyer écris le moi maintenant, si tu as besoin d’argent n’attend pas d’être juste.
(…)Nous avons le petit Albert, il nous fait des choux-raves (…) et mercredi il va battre le blé avec mon père, et Charles nous a offert de nous aider. Albert a rentré le foin (…) puis nous avons vendu la luzerne à Auguste, il nous l’a payée comme tu le disais 8 francs. Maria et Marie font l’homme, c’est elles qui vont toujours dehors. Elles charrient toutes les poires.
(…)Celle qui t’aime et qui t’attend avec impatience,
Octavie Paret

Limony, le 2 septembre 1914
Mon cher Lucien,
(…) Nous sommes toujours en bonne santé (…) et je désire que tu en sois de même car si tu as au moins la santé dans tes malheurs c’est déjà quelque chose. Mon cher Lucien, ne t’ennuie pas : puisqu’il faut y passer, il faut se soumettre et se résigner, alors il faut prendre du courage et on arrivera à bout de tout. Nous avons une bien dure épreuve à traverser mais j’espère que nous aurons bientôt le bonheur de nous revoir car les jours sont bien longs lorsqu’il faut les passer loin de celui qu’on aime. (…) Notre petite Rose se porte toujours très bien, c’est elle qui me console, si tu voyais comme elle est drôle. (…)
Un gros mimi de notre petite Rose qui est privée des caresses de son papa mais qu’elle reverra j’espère bientôt. Je t’embrasse bien fort,
Octavie Paret.

Le devoir d'histoire
Pour faire revivre ces hommes et ces femmes dans leur quotidien, un groupe de travail intercommunal * œuvre depuis deux ans avec une opiniâtreté soutenue. L’objectif est que chaque commune du Pilat Rhodanien dispose d’un album évoquant le souvenir de ses soldats morts au combat. Des livres ont été spécialement édités, des expositions sont présentées, des conférences données. Enfin, un film sera projeté évoquant la vie d’une famille au cours de la guerre.
En dehors de l’objectif qui est de rendre un  hommage solennel aux soldats du canton tombés sur les champs de bataille, le groupe de travail intercommunal espère aussi une retombée pédagogique : « Ceux qui ne connaissent pas leur passé sont condamnés à le revivre », Élie Wiesel.
Serge Malfois
* groupe auxquels se sont joints Visage de notre Pilat, l’association des Amis et des Livres, le Shed et Ciné-Pilat.
Rendez vous pour les manifestations de la commémoration samedi 25 octobre à 10:30 à la médiathèque Le Shed (Pélussin).

 

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