UNE UTOPIE CONCRÈTE
J’ai préparé ce jour un petit lit de ronce
pour que la terre puisse accueillir, sans soucis
et sans peur d’étouffer, le compost à caca.Il lui reste à trouver, 
un soupçon de verdure, une poignée de brindilles
pour qu’en son temps il puisse nous redonner la vie !

Joyeux seront celles et ceux
qui, de leurs tendres poignes, oseront avec moi continuer la tâche...
Celle d’organiser les couches qui, parce qu’elles se complètent,
permettront à la terre de tirer tout le jus de nos défécations !

Que les bêtes du sol, grouillantes et avalant,
transforment à leurs rythmes nos merdes en riche humus
plutôt qu’en pourriture ou en poison nocturne, et qu’on évite ainsi l’odeur nauséabonde que produiraient sans ça nos chiasses et nos urées.

Joyeux seront ceux qui, car c’est un vrai bonheur, 
sentiront la magie de ce jeu simple et fort.
C’est un petit jeu simple dont le fumet permet
de redonner du sens à nos vies qui parfois ne savent plus pourquoi
nous sommes...

Pourtant nous sommes là et il faudra s’y faire.

Peut-être qu’en flairant nos brûlantes fumures,
nous trouverons ensemble tout le sens perdu
dans un monde sans sal’té, un monde où les humains
n’auraient qu’à consommer sans n’avoir jamais
rien à rendre, rien à donner.

J’espère qu’avec ces mots, j’aurai su vous toucher
et vous donner l’envie de vivre comme moi
ce moment fabuleux où remuer la merde n’est pas une tâche ingrate,
mais un vrai don de soi
que la nature, ma foi, nous rend au moins 
plus de dix mille fois.

Comme une métaphore, il me permet, je crois, 
de comprendre aujourd’hui que ce que l’on engage
pour soi et pour les autres n’est pas une chose perdue.

C’est cela qui permet que nous vivions ensemble.

Quel plaisir de me dire que vivre et puis grandir
cela ne peut se faire sans un terrain fertile.

Mais ce terrain ne peut nourrir ni faire grandir
s’il n’est pas travaillé pour lessiver les maux,
ceux venant du passé comme ceux du présent.

Comme les bactéries, notre amour est le seul
qui puisse par magie changer nos merdes en fleurs !


Alors pour finir, je vous propose d’oser
clamer haut et fort : qu’il est bon de savoir
vivre et grandir ensemble sur un terrain fertile, 
vivre et grandir ensemble dans la joie, dans la haine,
sur notre merde à tous… mais notre amour aussi !
Laure

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