PIERRE RIVORY LE SORCIER* DU PILAT FAISEUR DE CHAMPIONS
* "le sorcier", c'est ainsi que l'on nomme affectueusement Pierre Rivory au cycloclub de Pélussin

« Enfant, j’aimais le sport. A Pélussin, il y avait le club de foot mais mon père ne voulait pas que je joue au ballon, alors je suis allé là où j’étais le meilleur : le vélo.
Nous sommes en 1957 quand je commence à monter à vélo. J’ai 12 ans et avec les copains nous faisons des petits circuits de 3 kilomètres. Dans le Pilat, on voyait passer des courses cyclistes organisées par le vélo club de Condrieu ou le vélo club Rochelois. A l’époque, c’était simple : pas de motard, il n’y avait que les cyclistes sur la route, bien qu’en dehors des courses, on ne voyait presque plus de vélos par ici.
J’ai 18 ans lorsque je commence la compétition, en 1963. On me regarde comme si j’arrive d’une autre planète ! Je commence à travailler à l’usine de Saint-Clair-du-Rhône et la première chose que j’achète... c’est un vélo de course. Tous les soirs, après mes 10 heures de travail, je me dépêche de faire 50 à 60 km pour m’entrainer. Et le dimanche, ça paye ! On ne va pas dans des courses cyclistes la fleur au fusil. Il faut quand même savoir se tenir dans le peloton, gérer son effort ... Cela dit, si au début je ne gagne pas mes premières courses, je suis déjà opérationnel, sans entraineur, sans technique de la compétition.
Je progresse rapidement sur le plan régional, puis en 1968 sur le plan national. En 1971, je passe professionnel. Cette année- là, je fais le Tour de France.
Tous les gosses du canton qui avaient un vélo étaient fourrés chez moi : ils voulaient tous m’accompagner sur la route. Alors, quand je partais à l’entrainement, ils pédalaient une dizaine de kilomètres avant de me laisser filer. Parmi ces gamins, il y avait mes neveux : Yves et les frères Garde, dont Dominique qui a fait huit Tours de France et est aujourd’hui directeur du Pôle Espoir de Saint-Etienne, tout comme Jean-Claude et Gilles Mas, le Directeur Sportif AG2R et président de l’Espoir cycliste Saint-Étienne Loire.

rivory  Pierre Rivory (à droite) en compagnie de deux de ses champions lors du Critérium du Dauphiné 1999 : au centre, Alexandre Vinokourov, aujourd’hui manager de l’équipe d’Astana dont le coureur Vincenzo Nibali remporte cette année le Tour de France.
A gauche, Vincent Lavenu, manager de l’équipe AG2R, 1ère du classement par équipe du Tour de France 2014.


En fin d’année 1971, je leur conseille de monter un club. Mais, sur le plan local, il n’y avait pas d’adulte qui connaissait vraiment la compétition cycliste. Moi, j’avais trop souffert de ne pas avoir eu d’entraineur : le vélo, c’est un sport difficile, il faut que quelqu’un en donne les clefs. Je les ai donc entrainés tout l’hiver en essayant de mener de front ma carrière professionnelle, ce qui n’était pas toujours facile. Et ils m’ont bouffé ! Je leur consacrais trop de temps... Et puis, mon esprit était ailleurs. Le milieu professionnel était très difficile, je découvrais des choses qui noircissaient mon amour du vélo... le business. J’étais dans une équipe multinationale... on était des numéros. C’était parfois inhumain comme ambiance, désastreux. Il y avait aussi le dopage. Pourtant, en s’y prenant bien dans le milieu amateur, les dopés, on arrivait à les laisser derrière. A égalité de force, c’était jouable... en étant sain et malin. Je pense que si j’avais eu le soutien d’un entraineur, j’aurais pu faire une carrière de sept à huit ans. Mes neveux y sont arrivés, eux.
J’ai alors choisi une autre voie : faire faire du vélo à des jeunes. J’ai donc monté un club cycliste et, comme un club sans magasin à proximité, c’était compliqué, j’ai ouvert un commerce de vélos. Je connaissais le vélo et le milieu cycliste, c’est ce qu’il fallait à ces futurs champions...
On a gagné la coupe de France en 1981 et 1982. Pélussin était alors connu dans toute la France cycliste. Le club a été une expérience extraordinaire...
On a fait quelque chose qu’on ne peut reproduire. Je le sais parce que j’ai essayé de le refaire plus tard à Saint-Etienne et je n’y suis arrivé qu’à moitié. Nous étions atypiques : en tant que club, on nous a copiés pendant 20 ans. On ne s’en souvient plus et pour les générations actuelles, c’est déjà du Moyen Age. Mais toute cette époque a son prolongement : le sélectionneur de l’Equipe de France Espoirs, Pierre-Yves Chatelon, est un ancien de l’école pélussinoise. Son second, Julien Thollet, est un ancien de Saint Etienne Loire, et c’est ma deuxième génération...
A Pélussin, le club cycliste est une bonne équipe et ils ont gardé quelque chose de l’esprit qu’il y avait au temps des grandes heures. Je l’ai senti. La troisième génération est peut-être bien là. »
Pierre Rivory.

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