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viaduc

 

De prestigieuses pages de l’histoire des transports en commun se sont écrites dans le Pilat et ses villes portes. Les trains ont longtemps sillonné de part et d’autres nos vallées et franchi leurs cols.
Que reste-t-il aujourd’hui de ces voies de communication construites il y a plus de 120 ans dans le Pilat ?

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Un triangle d’or autour du Pilat

Dès 1885, trois axes de transport ferroviaire entourent le Pilat.
La première ligne de chemin de fer de France relie Saint-Étienne à
Andrézieux en 1828. Les travaux se prolongent et ainsi, l’axe ferroviaire Saint-Étienne - Lyon, qui borde encore aujourd’hui le Pilat, s’ouvre en 1830.

Au milieu de la ligne Paris-Marseille en construction, l’axe Lyon - Valence est inauguré le 16 avril 1855.

Relier Saint-Étienne à la vallée du Rhône entre Haute-Loire et Pilat devient vite nécessaire pour permettre un deuxième accès stratégique à la vallée du Rhône au charbon et à l’armement venus de Saint-Étienne. Cette ligne sera aussi un point clé de la révolution industrielle dans le Pilat : transporter les employés et les matières premières nécessaires au fonctionnement de ses usines. L’axe Saint-Étienne - Valence est ouvert en 1885.

Ces trois axes tracent un triangle de voies de communication utilisées aujourd’hui par plus de 13 000 personnes qui descendent quotidiennement du Pilat pour se rendre à leur travail.

Les monts du Pilat, champions du transport collectif

carte C’est le 1er septembre 1885 que s’ouvre la première ligne de train de voyageurs traversant le massif du Pilat.Au départ d’Annonay, le train suivait la route actuelle jusqu’à Bourg-Argental, bifurquait subtilement sur Saint-Sauveur-en-Rue  puis passait le tunnel du Tracol pour rejoindre Riotord,  Dunières et enfin Firminy.
La ligne de voyageurs sera supprimée en 1940 et, quinze années plus tard, les dix-neuf kilomètres de rails du tronçon Bourg-Argental - Riotord seront démontés, le transport des voyageurs étant vite assuré par une ligne d’autocar. Aujourd’hui, la seule ligne de bus qui traverse le Pilat de part en part est la TIL122 Annonay - Saint-Étienne. Les cinq à sept allers-retours quotidiens (deux en fin de semaine) n’autorisent pas de sortie nocturne mais assurent un transport efficace en début et fin de demi-journées. Deux autre lignes de bus sillonnent les monts du Pilat : Jonzieux - Saint-Étienne et Le Bessat - Saint-Étienne.
Entre Riotord et Saint-Sauveur-en-Rue, le long tunnel du Tracol (2 392 m) ouvrait le Pilat vers le Rhône et la Haute Loire. Après la fermeture de la ligne, le tunnel sera vendu et transformé en caves à affinage, puis en champignonnières pour enfin être racheté en 2011 par la communauté de communes du pays de Monfaucon.
Aujourd’hui,  d’un coté du tunnel, une voie verte relie déjà Riotord à Dunières. Côté Pilat, les projets avancent et il est question de prolonger cette voie verte jusqu’à la ViaRhôna sur l’ancien tracé du train. L’ouverture de cette voie rapprochera davantage la vallée du Rhône, le Pilat et le Haut-Velay. carte
Avec sa ligne de train qui a perduré de nombreuses années, la moitié de ses communes reliées aujourd’hui plus de six fois par jour par des transports en commun qui parcourent plus de 70 km la communauté de commune des Monts-du-Pilat mérite la palme du transport collectif.

 

L’axe Pilat rhodanien - Gier définitivement fermé au transport collectif ?

carteUne autre ligne de train de voyageurs existait au début du XXe siècle dans le Pilat : celle du «tacot», dite aussi de la «galoche». Cette ligne reliait La-Grand-Croix à Maclas, via Saint-Paul-en-Jarez et la route du col de Pavezin (les rails ont longtemps été visibles dans le goudron). Elle rencontrait sur son trajet un seul tunnel mais un impressionnant viaduc à Pélussin (aujourd’hui voie piétonne). Ouverte en 1905, cette ligne sera remplacée par un service de car en 1931, après seulement 26 ans de service.
En 1969, deux services de cars faisaient encore ce trajet chaque jour. Puis, la voiture accessible et l’essence peu chère ont fait se raréfier les voyageurs dans les cars et la ligne a définitivement fermé. Résultat : plus de transport en commun sur l’axe Gier / Pilat rhodanien, plus de services de bus permettant aux habitants du versant du Gier de descendre en vallée.
Relier à Saint-Étienne le canton de Pélussin ou les villages du haut versant du Gier est aujourd’hui problématique lorsque l’on n’a pas de permis de conduire ou de voiture. Des réouvertures de lignes ont été envisagées mais toujours abandonnées pour des raisons financières. Le nombre de voyageurs ne serait pas suffisant. Relier Bourg-Argental à Pélussin par un service de bus, en dehors des ramassages scolaires, serait aussi une solution d’extension intéressante pour de nombreux villages situés sur ce parcours. Cette solution est aujourd’hui toujours dans les cartons. Il y a six mois, un habitant de Pélussin a lancé une pétition pour la réouverture d’un accès versant rhodanien - Saint-Étienne. Il a rapidement obtenu plus de 300 signatures, remettant en lumière l’importance de cet axe de communication. Faudra-t-il encore mesurer le coût pour le contribuable d’une telle réouverture au regard de son utilisation.

Versant du Pilat rhodanien : des sauts de puce en bus et des gares abandonnées

S’il n’y a plus d’accès direct vers Saint-Étienne depuis le Pilat rhodanien, un service de car assure la liaison Pélussin – Condrieu – Vienne. Hélas, non seulement les horaires sont peu fréquents, mais les trajets de cette ligne sont inadaptés à un transport de voyageurs voulant prendre le train.  Depuis le centre de Condrieu, station d’arrêt du bus, il faut marcher environ 15 minutes pour rejoindre la gare de Saint-Clair-les-Roches. C’est un réel handicap pour de nombreux voyageurs qui, suivant la météo, l’état de leurs jambes ou encore l’encombrement des bagages qui  les accompagnent, préfèrent prendre leur voiture et tenter d’occuper le parking trop petit de la gare. Prendre le train à Vienne n’est pas non plus une sinécure : l’arrêt du bus est à quelques encablures du train et la fréquence des horaires est assez contraignante. On ne comptera donc pas trop sur cette ligne pour s’évader temporairement du Pilat mais plutôt pour rejoindre les villages qu’elle dessert.
Pourtant, ce ne sont pas les gares qui manquent ! Mais beaucoup ont été fermées. carte En effet, de part et d’autre du Rhône, cohabitent deux lignes de train construites durant la deuxième moitié du XIXe siècle. Sur la rive droite, une ligne transporte les voyageurs. Sur la rive gauche, qui longe les coteaux renommés du Pilat, il n’y a que des trains de marchandises qui circulent depuis 1973 (voir encart sur le fret).
Nombreux sont les automobilistes qui éprouvent de l’agacement lorsqu’ils passent devant l’ancienne gare de Chavanay à l’idée d’avoir encore 20 minutes d’essence à brûler pour atteindre l’une des gares de la rive droite du Rhône.

 

Le versant du Gier et la pointe nord du Pilat : vue sur une vallée chanceuse

Plus aucun transport en commun ne conduit sur le versant du Gier. Le tacot puis la ligne du bus qui descendaient du col de Pavezin ont disparu. Comme presque tous les villages situés dans les hauteurs du Pilat, il faut trouver par soi-même un moyen de se rendre dans la vallée, voiture individuelle, covoiturage, auto-stop, voire bus scolaire... Il en est de même pour les habitants des plateaux sur les hauteurs de Givors, Vienne ou Condrieu : pas de ligne de transport. Mais arrivé en bas, c’est royal ! Vienne et Condrieu sont desservies par a minima un train toutes les vingt minutes environ. Quant à la vallée du Gier, elle est la plus riche par ses transports en commun. De nombreuses gares sont implantées en bordure de vallée. L’axe Lyon - Saint-Étienne est la première liaison ferrée TER de France, avec environ 15 000 passagers et 124 allers-retours par jour. C’est la garantie d’un horaire souple, d’un voyage relax.

Le Pilat compte autant d’habitants que le 5e arrondissement de Lyon dont l’antenne de Fourvière rivalise avec celle du crêt de l’Œillon. Le relief de l’un comme de l’autre est accidenté. Si les quartiers de là-bas sont nos villages d’ici, les similitudes s’arrêtent là car la superficie de cet arrondissement est plus de cent fois inférieure à notre territoire rural et, de ce fait, la gestion des déplacements collectifs est totalement différente. En centre urbain ou péri urbain, les bus se remplissent plus vite et leur fréquence donne en une heure ce que l’on a ici en un jour.
Il n’est pas question d’égaler ces performances, mais le déplacement collectif, ici comme ailleurs, est un enjeu crucial de développement. Des lignes régulières de minibus sillonnant nos cols et nos plateaux qui permettraient à tout un chacun de se déplacer efficacement sans voiture seraient-elles une solution idéale ?
L’autre solution, déjà opérationnelle, c’est le transport collectif citoyen : le covoiturage (voir article). Cette solution mise en place par l’association Pilattitude et par MOPI (Maison de la mobilité du Pilat) remporte un important succès même si la tâche est lourde pour que chacun prenne la mesure de l’enjeu de la mobilité sur notre territoire.

L. Slazuly / K. Chételat

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