Vous avez peut-être vu il y a quelque temps dans votre boulangerie une pétition demandant l’arrêt des programmes éoliens sur Salvaris et Doizieux. Cette revendication questionne, les avis sont partagés. Alors, qu’est-ce que l’éolien ? L’énergie du futur ou une absurdité ? Quels sont les projets dans le parc du Pilat ? Qu’ont à faire savoir les partisans et les opposants à l’éolien ?

eoliennes1_1219372692394L’utilisation de la force du vent est une histoire ancienne : c’est au XIIe siècle que les moulins se généralisent en Europe. Ils permettent alors de transformer l’énergie éolienne en un mouvement rotatif, le plus souvent pour moudre des céréales, presser des olives, actionner une pompe… L’homme, qui en veut toujours plus et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, invente la machine à vapeur et, avec l’essor de l’électrification et de l’industrialisation, les moulins disparaissent.

On parle aujourd’hui de changement climatique, d’émissions de gaz à effet de serre, de protocole de Kyoto et autre Grenelle de l’environnement. La planète va mal. Pour inverser la tendance, la France fixe un objectif de 23 % de consommation énergétique issue des énergies renouvelables d’ici 2020.  L’effort est porté sur l’énergie éolienne qui est considérée comme une technologie mature et la plus économique après l’hydroélectricité. Elle possède plusieurs atouts : c’est une énergie propre et renouvelable, elle participe à l’indépendance énergétique et le démantèlement des installations est assez simple.
Cependant, des problèmes se posent qui touchent à l’irrégularité du vent, à l’intégration paysagère et au respect de la biodiversité.
clic carteDans le Pilat, plusieurs zones de développement éolien (Z.D.E.) sont à l’étude. Le projet éolien le plus avancé est celui de la forêt de Taillard, situé sur les communes de Burdignes et Saint-Sauveur-en-Rue. Deux autres projets sont en discussion sur la zone de Salvaris et Doizieux.

Partout en France, les exemples sont nombreux où anti et pro s’opposent. Bénéfice sociétal pour les uns, nuisance majeure pour les autres, l’arrivée de l’industrie éolienne dans les campagnes françaises ne laisse pas indifférent.

L’éolien va-t-il peser sur notre facture d’électricité ?
En leur temps, les filières nucléaire et hydraulique ont bénéficié d’un très fort soutien à leur développement.clic carte Les pouvoirs publics ont considéré que les énergies renouvelables devaient elles aussi être soutenues. C’est pourquoi la loi impose à EDF le rachat de l’électricité produite par les éoliennes à un tarif de 8,2 centimes d’euro par kilowattheure (kWh) pendant 10 ans. Le kWh éolien est plus cher aujourd’hui que le kWh issu des productions électriques classiques (nucléaire, charbon, fioul, gaz) mais le coût environnemental de ces énergies n’est jamais intégré au prix de leur kWh. Le surcoût de l’électricité éolienne achetée par EDF est répercuté sur la facture d’électricité de chaque consommateur : sur votre facture c’est la CSPE (Contribution au service public de l’électricité). Cette taxe va augmenter dans les années à venir, en partie en raison du soutien aux énergies renouvelables.
Donc, oui, l’éolien va peser, il ne sera pourtant pas le seul à alourdir votre facture ! En effet, la part tarifaire de l’utilisation du réseau (transport et distribution) va augmenter, ainsi que celle du coût de production de l’énergie liée à de nouveaux investissements (nouvelles installations, renforcement de la sécurité).

Et quand le vent ne souffle pas ?
C’est le problème de l’intermittence. L’énergie éolienne est dépendante des conditions météorologiques : on considère qu’elle produit à puissance maximale entre 20 et 30% du temps. Pour les opposants à l’éolien, cela induit le reste du temps que le gaz, le charbon ou le nucléaire prennent le relais pour assurer un approvisionnement en électricité continu du pays : vu ainsi, l’effet « écologique » de l’éolien est mis à mal.
Ce à quoi les favorables à l’éolien répondent que, au contraire, le vent lorsqu’il fait tourner l’éolienne permet de diminuer la production des centrales thermiques, soit une baisse des émissions de CO2. La France bénéficie de trois régimes de vent principaux : les variations de la production éolienne s’équilibrent ainsi au niveau national et européen (avec nos voisins Espagnols et Allemands). Enfin, les capacités de stockage de l’énergie éolienne (vers les barrages, entre autres), sur lesquelles la recherche progresse, devraient permettre de remédier à ces problèmes d’intermittence.

Et l’esthétique dans tout ça ?
Le mât d’une éolienne mesure de 10 à 100 m de hgilaut, à cela s’ajoute la taille des pales :c’est une machine qui ne peut pas être cachée, son implantation implique un impact visuel dans le paysage.
À l’argument « les éoliennes défigurent le paysage », on oppose « les filles d’Éole sont les dignes descendantes des moulins d’antan ». Difficile débat tant il touche à la fois au subjectif et à la sensibilité sur le sujet. Icône de l’avenir énergétique ou laideur technologique, les points de vue sont tranchés ! Les implantations de parcs éoliens suscitent l’inquiétude légitime des riverains ; ces projets sont néanmoins encadrés et soumis à une série d’études paysagères rigoureuses.

La dépréciation du patrimoine foncier semble avérée, l’éolien est un facteur de décote (au même titre que la proximité d’un élevage, d’une ligne haute tension…). Et les recours ne sont pas simples, si l’on en croit ce cabinet d’avocats, car la « présence d’un parc éolien […]  ne peut être qualifiée en soi de trouble anormal, nul n’ayant de droit acquis à un paysage immuable. […] De plus, dans l’appréciation de la normalité, on doit tenir compte non seulement de l’intérêt individuel mais également de l’intérêt collectif et plus particulièrement de l’intérêt environnemental».
On parle beaucoup, sur ce thème du paysage, du syndrome « pas dans mon jardin » : oui aux énergies renouvelables, mais pas chez moi. Qui voudrait d’une autoroute qui traverse son jardin ? Mais qui n’utilise jamais ces mêmes autoroutes ? Cette appréciation divise ceux qui pensent que l’éolien est un mal nécessaire dans notre avenir énergétique et ceux qui estiment qu’il perturbe trop profondément l’environnement local.

echelle bruitNuisances sonores en débat
Aujourd’hui, le bruit généré par une éolienne à 500 m de distance s’élève à 35 décibels (voir schéma). Sur le sujet, des efforts ont été faits pour prendre en compte ces considérations sonores : de nouvelles machines moins bruyantes ont vu le jour et une étude acoustique préalable à tout projet éolien détermine les implantations optimales des parcs.
L’Académie de médecine a indiqué que des phénomènes de stress liés au désagrément sonores étaient à prendre en compte ; elle recommande qu’à titre conservatoire les éoliennes de très forte puissance (+ de 2,5 MW) soient éloignées de 1500 m des premières habitations.

En 2008, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail a publié un avis relatif aux impacts sanitaires du bruit des éoliennes. La conclusion : « Il apparaît que les émissions sonores des éoliennes ne génèrent pas de conséquences sanitaires directes tant au niveau de l’appareil auditif que des effets liés à l’exposition aux basses fréquences et aux infrasons ».

gaspiOiseaux et chauve-souris
Les éoliennes sont accusées de mettre en danger les populations d’oiseaux en perturbant leur environnement. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui  travaille à une meilleure prise en compte des impacts environnementaux de l’éolien, indique que la mortalité est plutôt faible comparé aux autres activités humaines (la voiture, par exemple), faits relayés par différentes études européennes.
Quant aux chauves-souris, qui risquent une collision avec une pale en rotation, des études avant implantation sont nécessaires afin de concevoir des projets de moindre impact. En ce qui concerne le projet du Taillard dans le Pilat, des études environnementales – dont l’enregistrement acoustique des chauves-souris – seront menées sur plus d’un an.

Un point noir dans la fabrication des machines : le néodyme
L’extraction et le raffinage de ce métal, qui entre dans la composition des aimants des alternateurs (et dans la fabrication de nos portables, écrans LCD, etc.), entraînent le rejet de nombreux éléments toxiques et radioactifs. « Dans des pays où la réglementation environnementale est souple (ou non appliquée), les effluents ne sont pas traités et viennent contaminer les travailleurs, leur environnement et les écosystèmes dans lesquels ils vivent », (A.Nciri).

Les parcs naturels qui sont des territoires protégés, épargnés par l’industrialisation, répondent néanmoins aux exigences techniques de la production d’énergie à partir du vent (meilleur rendement sur des crêtes, par exemple). Ils sont donc au centre d’un enjeu sur l’aménagement du territoire dont les citoyens ne veulent pas laisser la gestion aux seuls élus.
Dans un espace dont on estime qu’il nous appartient parce que le paysage est un bien commun, l’arrivée de l’éolien divise. « Deux visions de la nature s’opposent : l’une selon laquelle c’est un cadre de vie, […] que l’on veut préserver tel quel, l’autre suivant laquelle la nature est un support de vie, avec lequel on compose selon les aléas de la vie », D. Gueorguieva-Faye.
Tourisme et agriculture raisonnée dans un parc naturel, c’est le schéma idéal des militants anti-éoliens. À cela les « pro » opposent que ces alternatives sont insuffisantes pour faire vivre le territoire et que l’éolien, par les retombées économiques qu’il génère (taxe professionnelle, loyers…) est une opportunité à étudier pour le maintien de la vie dans ces zones.
La question écologique concerne chacun de nous et touche au global (le réchauffement climatique) comme au local (l’implantation d’éoliennes). Pro et anti ont un même souci de l’environnement, mais pas avec les mêmes réponses.
Le citoyen aujourd’hui est informé et acteur : il entend participer aux grands débats de nos sociétés, les nouveaux circuits de communication l’y aident. Le développement éolien a parfois manqué de transparence et la carence de concertation a eu pour effet une levée de boucliers des riverains. Pourtant, un échange clair et serein entre les différents acteurs ouvre  à une nouvelle forme d’économie locale donnant aux populations la possibilité de participer à l’avenir de leur territoire (voir proche de nous l’exemple du Haut-Vivarais similaire à l’aventure du Taillard).
« Pas n’importe où et pas n’importe comment » devrait permettre le rassemblement des deux camps : discuter et trouver des compromis afin d’avancer sur la question énergétique.

K. Chételat
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Commentaires   

+5 #1 ph.peyroche 06-02-2016 23:41
les éolienne se voient depuis des dizaines de Km. ,elles portent deux spots lumineux jour et nuit .Quelle industrie oserait s'autoriser cette dénaturation du paysage pour un bénéfice collectif aussi dérisoire ?
Car ,peu de personnes y songent les quelques 5000 machines installées en 2015 n'ont produit que 3,5 % de notre électricité . Ce résultat si faible au prix de sites naturels industrialisés.suffit à discréditer des machines dont l'intérêt est surtout vrai pour le lobby financier qui les défend.
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