LA PROTECTION SOCIALE MENACÉ PAR LE LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE

protection

Le « social » est apparu dans nos sociétés vers le milieu du XIXe siècle quand les gens de pouvoir ont estimé que l’intérêt à long terme de l’État n’était pas de laisser faire n’importe quoi.
La naissance de la protection sociale
Après les événements tragiques de la Commune, la Troisième République promulgue les toutes premières lois sociales, entre 1882 et 1898 : première caisse de retraite, protection de l’enfance maltraitée, accidents du travail, aide médicale gratuite. Les pouvoirs publics reconnaissent qu’ils ont un devoir de protection sociale... il s’agit aussi d’éviter des révoltes populaires.
Ainsi, le Droit social est à la jonction des luttes ouvrières et des concessions accordées par des membres éclairés de la classe dominante. Viennent ensuite les lois sur les assurances sociales (1928-1930), sur les allocations familiales (1932), puis les avancées du Front populaire et de la Libération.
D’une crise à l’autre
Pendant les Trente Glorieuses, la forte croissance s’accompagne d’un respect des engagements de 1945. Les premières menaces apparaissent avec ce que l’on a appelé le premier « choc pétrolier » (1973), à la fois cause et prétexte d’une réorganisation du capitalisme et d’un accroissement prononcé de la mondialisation. Dès lors, des hommes politiques – des polémistes – glosent sur l’échec de l’État providence. Les politiques économiques jettent sur le bord du chemin des hommes et des femmes qui plongent ainsi dans la pauvreté : c’est bien la preuve que l’État social est inefficace, tente de démontrer la classe dominante.
Puis arrive la crise de 2008, provoquée par la dérégulation des circuits financiers, qu’illustre la crise des subprimes aux États unis : spéculation effrénée sur des prêts bancaires immobiliers accordés à des gens modestes n’ayant pas les moyens de rembourser. La crise systémique qui s’en suit provoque la chute d’une grande banque et menace les autres, ce qui incite les États à les renflouer. Et fait exploser la dette publique qui passe en France de 1 200 Mds € en 2007, à 1 800 Mds € en 2012 (d’autant plus que les taux d’emprunts sur les marchés sont longtemps à des niveaux exorbitants).

Des idéologues à l’œuvre
Ces événements terribles pourraient conduire les « libéraux » à un acte de contrition. Il n’en est rien. On voit se déchaîner une propagande, inégalée jusqu’alors, en faveur d’un ultralibéralisme cherchant à déréguler toujours plus et à remettre en cause gravement notre modèle de protection sociale. Une kyrielle de prétendus experts (en réalité des idéologues, car l’économie n’est pas une science exacte, elle suppose, à partir de données réelles, d’interpréter et de faire des choix), occupe le devant de la scène, squatte les plateaux de télévision pour toujours expliquer au petit peuple qu’il vit au-dessus de ses moyens. Sans vergogne, car la plupart de ces donneurs de leçons, qui démontrent que le SMIC est d’un montant trop élevé et qu’il met notre économie à terre, sont grassement payés (de 10 à 40 fois le SMIC mensuel).
Restrictions et culpabilisation
Déjà, des mesures sont adoptées : sur les retraites, poste social le plus coûteux, pour restreindre les droits (âge de départ, durée de cotisation, montant des pensions) ; sur les allocations familiales (montant réduit en fonction des revenus) ; sur les dépenses de santé (deuxième poste le plus coûteux), avec des réductions régulières sur les remboursements (pressions énormes sur les établissements hospitaliers et médico-sociaux pour réduire la voilure, et sur les structures œuvrant dans l’insertion).
Discours sans cesse culpabilisants à l’encontre des personnes percevant des allocations chômage ou des minima sociaux, accusées de se complaire dans l’« assistanat » 1. Discours dans la droite ligne d’une propagande qui consiste à laisser penser aux « classes moyennes » qu’elles sont pénalisées par ces « gens-là »… qui sont en réalité les victimes d’un ordre économique instaurant comme principe les inégalités, jamais aussi flagrantes.
Vers la victoire du projet libéral ?
Il est à craindre que l’on assiste à la victoire du projet libéral se concrétisant ainsi : le moins possible de dépenses sociales (et de santé), privatisation des assurances sociales, et l’assistance confiée à la « générosité » (terme préféré par certains à celui de solidarité) des associations caritatives.
Pourtant, notre modèle social, unique au monde, a amorti plus qu’ailleurs les effets dramatiques de la crise. C’est parce que nous avons un droit du travail relativement protecteur (pour le moment), des indemnités de chômage assurées plus longtemps qu’ailleurs, que le taux de pauvreté, quoiqu’élevé, est tout de même inférieur à celui de la Grande-Bretagne ou de l’Allemagne qu’on nous présente pourtant toujours comme les modèles du développement économique (14,1 % en France comme en Suède, contre 16,2 et 16,1 pour les deux fleurons du libéralisme). Depuis plusieurs années, on est sur cet écart de deux points : nous avons déjà 9,3 millions de personnes au-dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian du pays). Si nous devions respecter le modèle allemand, nous aurions 1,3 million de pauvres supplémentaires. Évidemment, les experts libéraux se gardent bien de le dire.
Yves Faucoup
http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup

1 le RSA, c’est 9,5 Mds €, pour 2 millions de foyers, à peine 1,5 % du budget « social » général, et inférieur au bénéfice net annuel de Total ou de la BNP.

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