LA FORÊT DU PILAT

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La forêt est souvent vécue comme un espace de nature ou de détente, et rarement perçue, sauf par les professionnels qui en vivent, comme un espace de production de bois. Ce sont pourtant ces trois visions de production, de protection et d’agrément qu’il faut concilier. Milieu de vie pour un grand nombre d’espèces animales et végétales, la forêt est une ressource économique, ludique ou encore spirituelle pour l’homme.

Quelques éléments d’histoire
En remontant aux temps préhistoriques, il est très probable que la forêt devait recouvrir la majeure partie du territoire. Les hommes l’ont peu à peu défrichée pour s’installer et mettre en place une agriculture.
Les débuts de la révolution industrielle (XVIIe et XVIIIe siècles) ont été très consommateurs de bois, notamment pour alimenter les forges, verreries, et aussi pour les développements urbains (bois de construction), la marine…
Au XIXe siècle, après les partages de la Révolution, la forêt est une forêt paysanne, les feuillus utilisés pour le bois de chauffe, les sapins pour les charpentes ; nombreuses étaient les scieries encore au début du XXe siècle sur le territoire du Pilat (Doizieux, Marlhes, Jonzieux…).
bessatÀ cette époque, la forêt est plus concentrée dans les grands massifs, qui ont une forte vocation forestière (Taillard, le Grand Bois, Doizieux…), et le paysage des piémonts est certainement beaucoup plus ouvert, avec de nombreuses haies ou de bosquets avec frênes, chênes, érables, et surtout châtaigniers, également présents en vergers et particulièrement utiles pour l’alimentation, le bois, le bétail (arbre paysan par excellence).
Jusque dans les années 1870, les sommets du Pilat sont également très dénudés, il s’agit alors de pâtures communales utilisées pour les estives. À partir de la fin du XIXe siècle, avec la révolution industrielle, puis la Première Guerre mondiale, une première vague d’exode rural fait que l’on cultive moins les terres, qui commencent à être boisées volontairement (sur les Communaux, origine des forêts de Pélussin, Roisey, Véranne…) ou naturellement sur les terres les plus difficiles (notamment dans les ravins rhodaniens, ou les vergers de châtaigniers qui deviennent rapidement des forêts de châtaigniers).
L’utilisation du charbon des houilles, puis du pétrole fait que l’on a abandonné progressivement le bois de chauffage au profit de la production de bois d’œuvre, essentiellement le sapin.
Le Fonds Forestier National, mise en place après la Seconde Guerre mondiale, va subventionner des reboisements. Son objectif était de faire pousser du bois pour « reconstruire la France » : il va accélérer la reconquête forestière sur le territoire. Avec la désertification du monde agricole qui se poursuit, cela s’est trouvé être une façon de valoriser les terrains abandonnés, et certaines communes (Le Bessat) ont ainsi vu leur taux de boisement monter en flèche.
Jusque dans les années 1970, l’essence reine est l’épicéa, introduit massivement dans le Pilat (c’était aussi la seule essence subventionnée pour le reboisement).
Puis, progressivement, on a « découvert » le douglas, essence résineuse qui pousse vite et bien, et ces reboisements ont alors pris de l’importance, jusque dans les années 1990.
La tempête de 1999 a fait de gros dégâts, surtout sur la partie Pélussinoise, la forêt de Roisey est ravagée à 90 %. Les reboisements après tempête ont été faits essentiellement avec du Douglas, et aussi du mélèze, toujours dans un objectif de rechercher des essences de production de bois à bonne croissance.
La forêt dans le Pilat aujourd’hui
La forêt couvre à peu près 50 % de la surface (contre 30 % en moyenne en France), ce qui représente, suivant ce que l’on définit comme « forêt », entre 31 et 34 000 ha.
On distingue plusieurs sortes de forêts (voir carte page 9) :  
• la forêt de montagne, à partir de 600-800 m d’altitude, dominée naturellement par la hêtraie sapinière,
• la forêt collinéenne de basse altitude, dominée plutôt par le châtaignier, les chênes et les pins,
• des forêts d’accrus dans les ravins rhodaniens, dominées par le robinier et des feuillus divers et mélangés.
Ce schéma a été modifié par les reboisements artificiels, avec notamment des plantations résineuses (épicéas, douglas, mélèzes, et plus rarement pins, et mêmes cèdres), aussi bien en montagne que sur les zones à plus basse altitude.
Dans le Pilat, les forêts publiques ne représentent qu’environ 12 % de la surface des forêts (4 000 ha environ).
Les principales forêts publiques sont la forêt de Taillard, la Forêt de la Ville de Saint-Étienne à Tarentaise, et l’ensemble des forêts de Pélussin, Roisey, Véranne et Doizieux.
Toutes les autres forêts (88 %) sont donc des forêts privées, qui appartiennent à des particuliers… et dans lesquelles cueillir des champignons ou des myrtilles, faire des cabanes, ramasser du bois par terre sont autant d’activités apparemment anodines mais strictement interdites par le Code forestier (en forêt publique comme en forêt privée !).
Le nombre de propriétaires forestiers est estimé à environ 10 000 sur le territoire du Parc, en moyenne, ils ne possèdent qu’à peine 3 ha chacun.
Naissance d’une forêt
La forêt dite « naturelle » se créée progressivement sur un espace ouvert (lande), avec un premier cortège d’essences pionnières qui se développent en plein découvert : bouleau, sorbier, chêne, pin…
En se développant, ces essences vont commencer à constituer une ambiance préforestière, les humus vont progressivement se modifier, les plantes herbacées de la lande disparaître au profit de nouvelles plantes plus tolérantes à l’ombre et capables de vivre sous le couvert des arbres qui commence à se former. De nouvelles essences ligneuses s’installent (en montagne ce sera le hêtre et le sapin) qui vont être capables de pousser sous les autres essences, alors que les pionnières ne pourront pas se régénérer sous ces nouveaux « intrus » qui font trop d’ombre et prennent trop de place. Ils vont progressivement occuper tout l’espace et constituer ainsi une forêt « adulte » qui va se pérenniser… jusqu’à la prochaine tempête ou au prochain incendie !
La gestion des Forêts
Les arbres et les forêts existaient sur terre bien avant que les hommes n’apparaissent, ils n’ont donc pas besoin de nous pour pousser et se développer. En revanche, l’homme a besoin du bois, pour se chauffer, ou pour construire, et la nécessité de gestion des forêts vient de là.
De façon naturelle, les arbres naissent, vivent et meurent, et se décomposent pour fournir de l’humus, qui nourrira les futurs arbres... Si l’on attendait que les arbres meurent pour récolter le bois, celui-ci aurait une qualité médiocre, impropre au chauffage ou à la construction. Le besoin de bois d’une certaine qualité fait que l’on doit prélever (« cueillir ») des arbres avant leur dégradation naturelle par l’âge.
Il y a plusieurs façons de « gérer » la forêt, l’important est surtout de savoir prélever le bois qu’elle produit sans la mettre dans l’incapacité de se renouveler, comme c’est encore trop souvent le cas en forêt tropicale, où les coupes de bois sont tellement brutales que le sol ne résiste pas à l’érosion, et, le sol disparaissant, la forêt ne peut plus se renouveler.
Le cadre légal
En France, la gestion des forêts est encadrée par le Code forestier. Son objectif est que la forêt soit gérée « en bon père de famille » (sens étymologique du mot patrimoine), et éviter qu’elle soit pillée de son bois. L’Office National des Forêts a en charge la gestion des forêts publiques. L’ONF planifie les opérations à mener sur la forêt dans un triple objectif : production de bois, protection de l’environnement, accueil du public.
Pour les forêts privées, le Code forestier prévoit que les propriétaires aient la possibilité ou l’obligation, suivant la surface qu’ils possèdent, de présenter également un « document de gestion durable ». Il fixe, sur une période donnée, un programme de coupes et travaux à réaliser, que le propriétaire privé peut gérer directement, ou confier à un professionnel (coopératives forestières, experts forestiers indépendants, etc.).
foret03Les différents modes de gestion de la forêt
Le taillis et la futaie…
La gestion en taillis (valable pour à peu près tous les feuillus) consiste à couper les arbres, puis à les laisser repousser naturellement sur la souche coupée. C’est la gestion « ancestrale » du hêtre et du chêne sur le Pilat, utilisée pour le bois de chauffage surtout. Avantage ? La simplicité, mais avec l’inconvénient, lorsqu’elle est trop intensive, d’épuiser les sols, car les arbres coupés et emmenés ont une forte proportion d’aubier et de cellules vivantes, et sont riches en minéraux, qui ne retourneront donc pas en humus.
On oppose le taillis à la futaie dans laquelle une régénération des arbres peut être obtenue naturellement par les graines des arbres en place, ou au contraire artificiellement par plantation. Dans la gestion en futaie, on cherchera à obtenir des arbres plutôt droits et bien élagués.
Une gestion qui tient compte de l’âge des arbres
On distingue deux types de futaies : celle dite régulière, les arbres sont plantés relativement serrés, de manière à les contraindre à pousser droit en faisant jouer les phénomènes de concurrence, mais en libérant progressivement cette concurrence par des coupes d’éclaircie. On va donc régulièrement enlever des arbres pour arriver à un peuplement qui réponde aux objectifs de production. C’est alors le moment de la récolte, qui se traduit par une coupe rase (ou coupe à blanc).
En futaie irrégulière, le principe général est le même, mais on s’attachera à essayer d’obtenir et préserver sur la même parcelle un certain équilibre entre les arbres de tous âges. On récolte idéalement des arbres mûrs, ce qui libère une place pour une nouvelle régénération et favorise la croissance d’arbres qui arrivent à maturité, que l’on récoltera la fois d’après…
La futaie régulière présente l’avantage d’une certaine simplicité, mais elle a l’inconvénient de créer un traumatisme paysager très souvent mal compris des riverains quand vient le moment de la récolte, et donc de la coupe rase.
La futaie irrégulière a quant à elle l’avantage de préserver une certaine homogénéité de paysage. Elle est aussi écologiquement plus riche, car la présence de plusieurs strates favorise la biodiversité. Mais elle beaucoup plus délicate à mettre en œuvre, et toutes les essences ne s’y prêtent pas de la même manière. Elle permet au propriétaire d’obtenir des revenus réguliers avec une coupe de bois tous les 6 à 10 ans. Alors qu’en futaie régulière, le revenu principal est seulement au moment de la récolte (soit tous les 60 à 120 ans !).
Les métiers de la forêt et du bois : de la graine au CO2 !

Les gestionnaires de la forêt
Ce sont les agents de l’ONF pour les forêts publiques, les techniciens de coopératives, les experts forestiers… Leur rôle sera d’abord d’établir les programmes de coupes (en fonction des potentialités de la forêt, de l’objectif du propriétaire, et dans le respect des lois et règlements qui s’imposent) puis de mettre en œuvre ces programmes. Pour les coupes, ils devront marquer les arbres à abattre et les mettre en vente. Les gestionnaires doivent aussi définir les travaux à réaliser (reboisement, entretien, élagage, travaux de voirie forestière…).
Les entrepreneurs de travaux forestiers
Ils effectuent le bûcheronnage, le débusquage (sortir la grume de la parcelle pour l’amener au chemin) et le débardage (prendre la grume et l’amener sur un dépôt où elle pourra être pris en charge par un camion dit « grumier ») des arbres à couper. Ils peuvent aussi effectuer des travaux de reboisement, d’entretien, d’élagage… Pour l’abattage des arbres, de plus en plus d’entrepreneurs se spécialisent dans l’abattage mécanisé. L’abattage manuel reste toutefois nécessaire à certains endroits qui ne peuvent être mécanisés, soit parce que le peuplement forestier ne peut le supporter, soit pour des raisons de relief. Le débusquage et le débardage s’effectuent très majoritairement avec un tracteur forestier, mais il subsiste encore des débardeurs à cheval, dont le travail est très appréciable notamment dans certains contextes sensibles.
Les exploitants forestiers et les transformateurs du bois
L’exploitant forestier est un négociant en bois ; il achète les bois, se charge de les trier et les regrouper en lots pour les revendre aux différentes scieries, à d’autres unités de transformation du bois, à l’export... Les scieurs peuvent aussi acheter directement le bois aux propriétaires. Les scieries sont qualifiées de « première transformation » ; elles vont ensuite alimenter les menuiseries, charpenterie, ébénisterie, etc., entreprises de « seconde transformation ».
Il convient également de ne pas oublier les pépiniéristes, qui produisent les plants forestiers. Eux-mêmes se fournissent auprès de producteurs de graines, qui vont récolter les graines dans les peuplements classés…

L'emploi en chiffres
foret04Sur le territoire même du Pilat, l’emploi n’est pas très développé. Le Pilat ne compte que quelques scieries (à peine 6 en activité), une vingtaine d’entrepreneurs de travaux forestiers, et une cinquantaine d’entreprises de menuiserie, charpente… Mais cette appréciation est faussée par le fait que le Pilat alimente des scieries qui sont situées en dehors de son périmètre…
À l’échelle de la Région Rhône-Alpes, le secteur des entrepreneurs de travaux forestiers et scierie emploie environ 3 000 personnes, et toute la seconde transformation jusqu’à la distribution du bois, en passant par les secteurs de papeterie, du bois énergie… compte au moins 35 000 emplois.

 

 

 

On attribue généralement trois fonctions à la forêt, une fonction de production de bois, une fonction de protection environnementale, et une fonction sociale d’agrément.

Le bois a ceci de particulier, par rapport aux autres matières, qu’il est presque neutre en terme de gaz à effet de serre. En effet, il est constitué de carbone d’origine atmosphérique, et sa combustion ou sa dégradation restitue un CO2 qui reste atmosphérique, et qui sera absorbé par la forêt qui repousse à sa place… Les énergies fossiles utilisées pour l’exploitation, le transport, le sciage, le séchage et l’usinage restent relativement faibles par rapport à d’autres matériaux autrement plus consommateurs d’énergie, béton, PVC par exemple. Sans compter que le bois est aussi un excellent isolant et permet donc des économies d’énergie supplémentaires. L’utilisation du bois est donc un « geste pour la planète » plutôt positif, sous réserve naturellement qu’il soit prélevé au rythme auquel il pousse, de façon durable, en préservant la capacité de produire du milieu forestier. Ce « geste » sera d’autant plus positif, y compris socialement, en terme d’emplois, que l’on parviendra à développer encore plus de circuits courts dans la filière forêt-bois.
Lionel STAUB
Expert forestier

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