PAROLES DE GRAND SAPIN

grandsapinDepuis des temps très anciens, et jusque dans les années 1960, l’outillage des bûcherons se résumait en l’utilisation d’une cognée (une « prime » en langage pilatois), d’une hache et d’un passe-partout. Pour le débardage, on avait un cheval et une paire de bœufs.
La grume, le tronc de l’arbre abattu, était conduite à l’une des nombreuses scieries installées en bordure des rivières. En ce temps là, elles étaient toutes activées par la force hydraulique ce qui les rendaient très performantes : en une heure une grume était partagée, ce qui prenait cinq fois plus de temps à deux solides scieurs !
De telles scieries sur la commune de Doizieux nous ont été décrites vers 1750 par un certain Claret de la Tourette, botaniste en visite dans le Pilat, ami de Jean-Jacques Rousseau.
Vers 1960, on est entré dans l’air du machinisme vraiment opérationnel avec l’apparition de la tronçonneuse, du tracteur forestier et des camions grumiers. L’électricité est arrivée dans la scierie.
Ce matériel n’a cessé de s’améliorer pour obtenir des rendements toujours meilleurs. Équipés de systèmes automatiques performants, ces engins pénètrent dans les peuplements forestiers, tels des moissonneuses batteuses dans les champs de blé. À ce rythme, on tasse les sols, mais surtout on détruit les semis naturels et gratuits pour imposer une génération artificielle à grand coût et qui ne sera pas financée par le revenu des produits récoltés.
La forêt est un milieu sensible qu’on ne peut résumer à un seul modèle de production conforme à nos installations industrielles : celles-ci demandent des arbres de faible de diamètre, sans nœud, rectilignes et parfaitement cylindriques. Dans nos régions à climat tempéré, ce modèle correspond à des arbres jeunes qui n’ont pas atteint leur âge de reproduction. Les produits obtenus, surtout chez le douglas juvénile, se conservent mal et cela implique une utilisation accrue de produits phytosanitaires dès leur sortie de scierie ».

Joseph Crozet, dit Grand Sapin, est né il y a plus de quatre-vingts ans sous un sapin, au lieu-dit Les Scies, dans l’exploitation forestière de son père.
Il a travaillé 40 ans aux Eaux et Forêt. Il a géré pour le compte de sa famille un groupement forestier, héritage d’une exploitation boisée sur les hauteurs de Doizieux de 154 hectares de forêt, entretenue depuis des siècles par ses ancêtres. Sa passion pour les sous-bois et les clairières, les plantes, fleurs, insectes et champignons est intacte... Il fait également partie des chaleureux guides du Pilat : un groupe de bénévoles passionnés qui nous font découvrir le Pilat.
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