LE BESTIAIRE DU PILAT

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Les bêtes, les animaux... de quoi et de qui parle-t-on ? La principale caractéristique des animaux, c’est qu’ils se nourrissent de matière organique (donc une matière provenant d’autres êtres vivants), à la différence des végétaux qui parviennent à se développer avec le soleil et des éléments minéraux puisés dans le sol. D’une manière générale, les animaux ont aussi pour particularité de se déplacer : il faut la trouver, cette nourriture !
Au sein des animaux on peut distinguer 2 groupes, les invertébrés et les vertébrés. Vous aurez sans doute deviné ce qui les différencie... Cette distinction est pratique, même si elle n’a pas vraiment de justification scientifique. En effet, les vertébrés, dont nous faisons partie, correspondent à un sous-embranchement du règne animal, et les invertébrés... ce sont tous les autres ! On connait souvent mieux les vertébrés, à savoir les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les poissons. Mais les invertébrés sont beaucoup plus nombreux ! En France métropolitaine, sur plus de 46 000 espèces animales recensées, on compte moins de 900 espèces de vertébrés. Pour le Pilat, les proportions sont probablement les mêmes, sachant qu’il y a entre 300 et 400 espèces de vertébrés.
Existe-t-il des animaux spécifiques du Pilat ?
Une espèce qui n’est présente que dans un territoire donné est dite « endémique » de ce territoire. Par exemple, le koala est endémique de l’Australie. Dans le Pilat, il y a une seule espèce connue qui semble être spécifique de notre massif : il s’agit d’un charançon (insecte coléoptère) du doux nom de Dichotrachelus scaramozzinoi. Il est de très petite taille – quelques millimètres – et vit au cœur des chirats. Il fallait le trouver ! Rien ne dit qu’il n’existe pas d’autres espèces endémiques dans le Pilat... bonnes recherches !
Dressons maintenant un petit panorama des animaux que l’on peut rencontrer dans le Pilat. Pour cela, plutôt que de reprendre la classification scientifique, j’ai fait le choix de les présenter en fonction des relations ou des représentations que nous nous faisons d’eux. Très souvent, nous distinguons ceux que nous aimons et ceux que nous n’aimons pas. Même si nous n’avons n’a pas tous les mêmes goûts, de fortes tendances se dégagent. J’ai repéré deux raisons principales qui font que nous entretenons de bons rapports avec certains animaux : nous les trouvons utiles ou nous les jugeons beaux.
Des animaux qui nous aident
On peut distinguer différentes catégories d’animaux « utiles ».
Tout d’abord, parlons des animaux domestiques. On pense bien sûr aux animaux d’élevage classiques : la vache, le mouton, la chèvre, le cochon, la poule, le lapin... Nous sommes parvenus à sélectionner des animaux afin qu’ils travaillent pour nous ou pour que nous ayons de la nourriture à disposition. On peut rattacher à cette catégorie l’abeille mellifère, mais aussi historiquement pour le Pilat on pensera au ver à soie. La domestication ne concerne donc pas uniquement des vertébrés. Pour preuve également l’élevage de grillons récemment lancé à Pélussin. 

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Enfin, rappelons-nous qu’à l’origine ce mot vient du latin « domus » qui signifie « maison »  et pensons aux animaux qui partagent nos foyers. Au premier rang nous avons bien sûr le « meilleur ami de l’homme », le chien, et celui qui tire peut-être le mieux son épingle du jeu, j’ai nommé le chat.
Quant à la mouche dite « domestique », elle s’invite souvent sans qu’on l’ait vraiment invitée !

Une autre catégorie d’animaux qui nous aident se trouve parmi des animaux restés à l’état sauvage et que l’on appelle les « auxiliaires ». Ils sont surtout connus des agriculteurs et des jardiniers : oiseaux qui mangent les chenilles, coccinelles qui dévorent les pucerons, hérisson se nourrissant de limaces... il s’agit en général de carnivores se nourrissant d’herbivores, qui eux seront évoqués un peu plus loin. Pensons également aux pollinisateurs, sans qui nous ne pourrions pas manger certains fruits et légumes, et, à ce niveau, les abeilles sont championnes. Voilà de quoi être chouchoutés !
Enfin on peut ajouter le gibier et les poissons, objets des activités de chasse et de pêche, qui nous rappellent en partie comment l’homme se nourrissait avant le développement de l’élevage.
Qu’ils sont majestueux !  Qu’ils sont mignons !
Ecrevisse à pattes blanchesL’utilité ne semble pas être notre seul critère pour désigner les animaux que nous apprécions. La beauté rentre aussi en ligne de compte. À ce petit jeu, on peut de nouveau citer les oiseaux d’une manière générale, même si certains se retrouveront clairement parmi les mal-aimés. Outre la beauté visuelle de beaucoup d’entre eux, ils nous charment également souvent par leur chant. Et on les envie leur capacité à voler ! Parmi les animaux volants, on peut également citer les papillons, que l’on apprécie de voir virevolter (et que l’on aurait également pu citer parmi les pollinisateurs). Et n’oublions pas certains mammifères, comme l’écureuil ou le chevreuil, qui nous font toujours de l’effet quand nous les surprenons à l’orée de la forêt.
Ensuite ça se gâte...
Eh oui, nous en avons déjà évoqué quelques-uns, mais ils sont nombreux les animaux qui nous dérangent. Par opposition aux animaux précédents, nous allons retrouver les animaux dits « nuisibles » : les campagnols font le désespoir des agriculteurs, les chenilles ou autres pucerons ne seront pas les bienvenus au jardin, les cormorans font concurrence aux pêcheurs, et que dire du renard alléché par la présence des poules ou des mites qui s’installent dans les placards ? La liste est longue ! Mais on commence aussi à voir que certains animaux peuvent être à la fois utiles et nuisibles : les chenilles, qui se nourrissent de plantes, se transforment ensuite en jolis papillons pollinisateurs...
D’autres animaux peuvent être considérés comme nuisibles, mais cette fois vis-à-vis des autres êtres vivants et des milieux naturels : ce sont les espèces exotiques envahissantes, également appelées espèces invasives. Ainsi en est-il du Ragondin ou de la Tortue de Floride, qui contribuent à l’appauvrissement de la diversité des milieux aquatiques. N’oublions pas toutefois que c’est bien l’homme qui est à l’origine du problème, en déplaçant des espèces loin de leur lieu de vie habituel et en provoquant ainsi des changements importants au sein des écosystèmes. De plus leur impact, en général, est d’autant plus marqué que le milieu est artificialisé : si une espèce introduite se développe à un endroit donné, c’est bien souvent parce que nous lui avons – volontairement ou non – préparé le terrain.
Ouh les vilains !
Toujours par opposition aux animaux que l’on apprécie, on va retrouver maintenant ceux que l’on trouve tout simplement... laids ! Il en faut, de l’espoir, pour faire la bise à un crapaud, et si on peut être fasciné par le radar intégré des chauves-souris, on ne peut pas dire qu’elles nous ravissent les yeux. Les limaces doivent également se situer dans le hit-parade des espèces qui ne nous enchantent pas. Toutefois cela reste assez subjectif : on peut apprécier les beaux yeux rouge-orangé du crapaud (si si !), et les petits enfants sont parfois tout contents d’observer une limace qui se déplace.
On se méfiera tous par contre des animaux dont nous sommes les cibles. Les poux sont des hôtes que personne n’apprécie vraiment, à ma connaissance, et il peut être réellement dangereux d’être victime d’une tique, vecteur d’une bactérie provoquant la maladie de Lyme. On se méfie également de plus en plus des moustiques. Ne cédons toutefois pas à la panique, et souvenons-nous là encore que c’est surtout en détruisant les écosystèmes et en perturbant le fonctionnement du vivant que nous mettons le plus en danger notre santé.
Certains animaux nous attaquent, donc, et d’autres savent se défendre. De fait les serpents font partie des mal-aimés, car ils peuvent nous mordre, et certains sont venimeux. Le risque est faible : il faut « tomber » sur une vipère, ce qui est de plus en plus rare ; et il faut qu’elle nous morde, donc qu’on l’ait acculé ou marché dessus. Les couleuvres n’ont pas de venin, mais certaines peuvent également mordre pour se défendre. C’est douloureux quand même ! Parmi les animaux venimeux, il y a bien sûr également les hyménoptères piqueurs, guêpes, abeilles et autres frelons. Et il y a les araignées, qui mordent et ont du venin, mais la très grande majorité est physiquement incapable de percer la peau humaine ! Les rares qui y parviennent (et, encore une fois, ce serait pour se défendre, car nous ne sommes pas leur proie) font moins de mal qu’une guêpe. Les choses sont différentes sous les tropiques.

On peut ajouter de nombreux exemples d’animaux dont on se défie, à tort ou à raison : la Scutigère, comme une araignée, mais en plus long ; la chenille processionnaire, aux poils urticants ; les acariens, qui provoquent des allergies ; le chat noir, qui porte malheur ; etc. En fait souvent nous sommes particulièrement méfiants devant un animal que nous ne connaissons pas : « C’est quoi cette bestiole ? Qu’est-ce qu’elle va faire ? » Mieux connaître les animaux qui nous entourent contribue à poser un regard bienveillant sur la nature.
Finalement, quels animaux sont les plus répandus dans le Pilat ?
On manque de chiffre, mais au niveau des animaux domestiques, il s’agit probablement de la vache, ou peut-être des chats, ou encore des chiens !
Parmi la faune sauvage non plus, on ne sait pas trop. D’autant que cela dépend de quoi l’on parle : nombre d’individus d’une même espèce ? Volume occupé ? Poids total ? Nombre d’espèces d’un groupe donné ? Difficile de répondre, donc. C’est toutefois l’occasion de mettre en avant un groupe d’animaux souvent oublié : la faune du sol. Selon un article du site « futura-sciences.com, dans un 1 m2 de sol on trouve notamment 200 000 annélides (groupe des vers de terre), 400 000 acariens, ou encore 20 millions de nématodes (un autre groupe de petits vers) ! Ça en fait du monde sous nos pieds ! Mais cela est aussi très variable selon la manière dont nous traitons le sol...
Et les plus rares, alors ?
D’une certaine manière, ils sont mieux connus que les animaux communs. En effet les naturalistes ont tendance à rechercher les espèces rares, pour pouvoir dire « J’en ai vu un », mais aussi, car ce sont parfois des espèces en voie de disparition. Mieux les connaître constitue alors un enjeu si on souhaite essayer de les préserver.
Un exemple est constitué par le Busard cendré. Il s’agit d’un rapace qui niche au sol, et qui de ce fait est particulièrement sensible. Il peut nicher dans des cultures, ce qui n’est pas l’idéal au moment de la récolte ! Et dans le Pilat il niche souvent dans des friches, des ronciers. Or ces milieux sont souvent détruits, et les nids avec.
Autre exemple emblématique de notre massif : l’écrevisse à pattes blanches. Autrefois commune dans les rivières, elle y est devenue très rare, en raison notamment de la pollution, mais aussi de l’introduction d’espèces américaines. L’écrevisse à pattes blanches ne se trouve qu’en Europe de l’ouest et elle est inscrite sur la liste rouge mondiale des espèces en voie de disparition.
apollonCertaines espèces ont d’ores et déjà disparu du Pilat. Ainsi en est-il de l’Apollon, un grand papillon de montagne qui semble avoir été victime de la fermeture des milieux et du changement climatique. On peut citer également la Moule perlière, autrefois présente dans certains cours d’eau du Pilat, mais elle n’y a plus été vue depuis bien longtemps, sans doute en raison de la dégradation de l’état des rivières.

Des animaux de passage

Des chamois ont parfois été observés dans le Pilat. Un individu à 3 pattes a même été vu en 2005 ! Mais ils sont peu nombreux et ne parviennent pas à s’installer durablement. C’est un peu la même chose pour le Cerf. On entend parfois parler du Lynx, mais aucune observation certifiée n’a pu être réalisée jusqu’à présent. Il a été observé plus au nord, dans les monts de la Madeleine et les monts du Beaujolais. Quant au loup, pas d’observation non plus dans le Pilat à l’heure actuelle, mais on sait qu’il passe des individus dans le Massif central et que quelques meutes tentent de s’installer de-ci de-là. Serait-ce possible dans le Pilat ? Son retour en France est en tout cas un des sujets les plus sensibles dans les zones d’élevages, ovins en particulier.
balbuzardD’autres espèces de passage sont bien sûr les oiseaux migrateurs. Le printemps et l’automne sont l’occasion de voir passer des oiseaux qui ne résident pas dans le Pilat, tel le Balbuzard pêcheur qui peut faire halte à l’Ile du Beurre. Des vautours sont également observés de temps à autre, probablement en provenance du sud du Massif Central.

Comment se portent-ils ?
Des cigales méridionales à la Vipère péliade qui vit en altitude, le massif du Pilat est riche en espèces du fait de la diversité des milieux que l’on y trouve. Mais comment évolue cette biodiversité animale ? Est-elle en expansion, en régression, stable ? Bien que le Parc soit doté d’un observatoire de la biodiversité depuis quelques années, il semble encore difficile de dégager de véritables tendances à cette échelle. Au niveau de la métropole, par contre, on commence à avoir des chiffres. Ainsi l’observatoire national de la biodiversité titre son communiqué de bilan (du 18 mai 2016) « Une nature française sous tension ». Il est notamment dit que l’on a observé une régression de près de la moitié des populations de chauves-souris entre 2006 et 2014. Même si certaines espèces tirent leur épingle du jeu, comme la Loutre qui recolonise actuellement le massif, la tendance nationale n’est pas favorable, et c’est sans doute à peu près pareil dans le Pilat.
campagnolLes raisons sont multiples, la principale encore actuellement étant que nous détruisons leurs milieux de vie, en poursuivant l’urbanisation ou en asséchant les zones humides par exemple. La vie est ainsi faite : on ne peut pas supprimer les espèces qui nous dérangent et conserver celles qui nous arrangent, car elles sont toutes liées les unes aux autres. Plus encore, comme nous l’avons vu, certaines espèces sont utiles pour certains, inutiles ou nuisibles pour d’autres. Le Renard peut manger des poules, mais il mange aussi des campagnols... Bon sens et bienveillance devraient nous permettre de vivre plus en harmonie avec les autres êtres vivants peuplant cette planète.
Guillaume Chorgnon

Des livres
Biodiversité, l’avenir du vivant.
Ils ont domestiqué plantes et animaux, prélude à la civilisation.
Sommes-nous tous voués à disparaître ? Idées reçues sur l’extinction des espèces.
Notre santé et la biodiversité, tous ensemble pour préserver le vivant.
Philosophie de la biodiversité, petite éthique pour une nature en péril.
L’exigence de la réconciliation, biodiversité et société.

Pilat patrimoines, Faune-loire.org, Forum « le monde des insectes », Inventaire national du patrimoine naturel, Observatoire national de la biodiversité

 

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