LE SECRET DU ZICLE

zicleLe Zicle... Qu’est-ce que c’est ? Dans le patois forézien, un zicle est une une grosse couleuvre de couleur jaune. Mais dans notre Pilat vivait jadis un zicle bien particulier...
C’était le Zicle, avec un Z majuscule, car il était unique en son genre, et quand son heure fut venue il disparut à jamais et sa race disparut avec lui. Le Zicle était un reptile monstrueux, qui serpentait entre les pierres grises des chirats. Malheur à qui s’en approchait. Le Zicle fascinait ses proies de son regard de braise. Jean Combe a merveilleusement conté sa légende dans un petit livre de récits (1).
Cette histoire remonte au temps où les animaux parlaient, et où les hommes, une fois l’an, pouvaient les comprendre. C’est dire si ça ne date pas d’hier. Le héros de l’aventure est un petit oiseau, un roitelet, que l’on nomme répetaret dans nos montagnes, car il répète toujours la même chose. « Zi-zel ! Zi-zel ! » chantait inlassablement le roitelet, s’arrêtant juste pour saluer ses amis d’un « Zi ! Zi ! Zi ! » joyeux. Jean Combe a imaginé ces onomatopées, bien innocentes en apparence. Mais le conteur était un fin initié, comme l’ont démontré plusieurs auteurs. Michel Barbot en particulier nous explique que Zi-zel peut se comprendre, en déplaçant juste le tiret, sans changer la prononciation : Ziz-El (2). Or ces mots sont de l’hébreu, ils signifient « éclat de Dieu ».
Les oiseaux du Pilat chantaient donc en hébreu ? Rien d’étonnant. Un auteur du début du XXe siècle, F. Gabut (3), n’affirmait-il pas qu’à la suite de Noé, qui y avait accosté avec son arche, des tribus sémites étaient venues se fixer sur le Mont Pilat ? Ziz, ziv, zi, sont des racines hébraïques décrivant la notion d’éclat, de lumière réfléchie. Ainsi le Zicle incarnait-il le secret d’un trésor divin éclatant de lumière. Oui, le Zicle était le dépositaire de ce trésor fabuleux, une montagne de grains d’or, qu’il avait cachée dans une caverne dissimulée derrière la cascade du Saut du Gier.
Lorsque le roitelet se retrouva face à face avec le serpent légendaire, celui-ci, qui était sur le point de mourir, considéra le petit oiseau, chantant sans cesse l’éclat de Dieu, comme l’envoyé du Très-Haut. C’est donc à ce volatile merveilleux que le Zicle révéla le secret permettant d’ouvrir la falaise pour accéder à la grotte. Une formule magique, un sésame : « Ouvre-toi montagne, Scartapène, Scartapon, Scartapé, Hé ! » La signification de ces mots serait à rechercher, mais il manquera toujours l’essentiel, car si Jean Combe a révélé cette formule, il ne nous en a pas livré la prononciation... Essayez de déclamer cette phrase devant le Saut du Gier, vous verrez que ça ne marche pas.
Mais le roitelet, lui, sut correctement prononcer les mots étranges, et il découvrit au fond de la grotte, dans un rayon de soleil, l’amoncellement de paillettes d’or brillantes. Le trésor du Zicle défunt ! Qu’allait-il faire de cette fortune ? Il n’avait pas besoin d’or pour assurer son bonheur. Une compagne charmante, qui allait bientôt pondre six œufs dans un nid douillet, à l’image des six collines arrondies formant le Mont Pilat, cela lui suffisait. Heureux volatile philosophe ! Alors le roitelet pensa aux hommes, oui, à ces étranges bipèdes qu’il voyait travailler dur pour gagner un peu de pain. Aussi, chaque jour il ouvrait la montagne, et de son petit bec il répandait les grains d’or dans le Gier. La rivière charria les pépites brillantes, et la providence aidant les hommes qui vivaient sur ses rives n’eurent plus qu’à les récupérer pour améliorer leur ordinaire.
Quant au roitelet, à force de plonger le bec dans la poussière d’or, il gagna une rayure jaune sur le sommet du crâne, si tenace qu’elle devint héréditaire, et lui valut d’être comparé à un petit roi ceint d’une couronne d’or. Un petit roi du Pilat, digne successeur de la perdrix qui avait été proclamée reine, si heureux avec sa compagne et leurs six petits, si heureux de distribuer aux hommes l’or du Zicle. Ce serpent, disait l’oiseau dans son langage, possédait vraiment « la clé du Zi ».
Patrick Berlier
1 : Jean Combe, Le Mont Pilat, contes et légendes, éditions Dumas à Saint-Étienne, 1958.
2 : Michel Barbot, Aux origines de la légende du Zicle, regardsdupilat.free.fr, 2013.
3 : F. Gabut, Études d’archéologie préhistorique, Lyon 1901

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