AU LIVRE DU PARC,quatre décennies ont été écrites. Je vous invite à parcourir la première d’entre elles, celle où ma responsabilité totale a été engagée. Serge Malfois, 1er directeur du parc naturel régional du Pilat.

La création du parc n’a pas été un long fleuve tranquille. Certes, le président Pinay, le préfet Paul Camous, le député André Chazalon ainsi qu’un certain nombre d’élus auxquels on peut ajouter les chambres consulaires avaient tout de suite compris l’intérêt que présenterait pour le massif du Pilat la création d’un parc. Tel était également l’avis d’une association, « les Amis du Parc », créée quelques années plus tôt.
En revanche, grandes étaient les oppositions de toutes sortes qui s’exprimaient avec une certaine vigueur. Il est vrai que les textes fondateurs laissaient apparaître une certaine ambigüité en  conférant aux parcs une vocation à être des espaces de détente, de loisirs et de préoccupations culturelles et en leur donnant une mission à remplir dans le domaine de l’environnement.
Pour prendre un exemple, un grand nombre d’agriculteurs s’inquiétaient de ‘‘l’appel d’air’’ que créerait un parc pour une population citadine nombreuse et toute proche, et parfois peu informée  des choses de la terre. Par ailleurs, dans une confusion entre Parc national et Parc régional, les chasseurs redoutaient la mise en œuvre de mesures réglementaires drastiques limitant leurs droits considérés comme imprescriptibles. Enfin, quelques élus de communes rurales craignaient que le développement économique s’efface devant la protection de l’environnement et les activités de loisirs.
Heureusement, quelques années plus tard, Robert Poujade, ministre de l’environnement, s’éloignant des textes fondateurs, exprimait une ferme volonté politique en déclarant que « les Parcs (étaient) des zones privilégiées d’aménagement fin du territoire », c’est à dire en prenant en compte l’intérêt et l’avenir des populations locales.
C’est sans doute pourquoi, avant même la création du Parc, le préfet de la Loire avait décidé de créer un syndicat mixte géré par un comité syndical regroupant des élus du conseil général, des délégués des communes rurales et des villes voisines ainsi que les chambres consulaires.C’est donc sous l’égide de cette institution, présidée par André Chazalon, qu’un projet de charte a pu être élaboré, dans le cadre d’une large et longue concertation avec les forces vives locales.

charte constitutiveCette charte comprenait deux parties distinctes mais complémentaire.
D’une part un document fixant les grandes orientations d’une politique d’aménagement et de développement déclinée sous les quatre chapitres suivants :

- équipements d’infrastructures, développement économique et politique foncière
- protection de la nature et de l’environnement
- tourisme et patrimoine
- animation culturelle
D’autre part un programme indicatif d’équipements pour lequel quatre ministères avaient pris des engagements financiers précis : agriculture, équipement, jeunesse et sports et culture.

La lecture de cette charte a rassuré la plupart des détracteurs. Les élus ont apprécié le fait qu’une priorité était donnée aux infrastructures et à l’équipement des communes et que le développement économique, loin d’être entravé, allait être soutenu. Les autres opposants ont compris que la création d’un Parc pouvait être une chance qu’il fallait saisir.

Il y a peut être quelques enseignements à tirer de cette période au cours de laquelle le syndicat mixte du Parc a mis en œuvre les orientations de la charte et de son programme d’équipement.
En effet, il faut se souvenir qu’à l’époque il n’existait pas de communautés de communes. Le syndicat mixte du Parc a donc fonctionné, toutes proportions gardées, à la fois comme une communauté de communes et comme un Parc, c’est à dire que sa politique  intégrait  des objectifs d’aménagement et des préoccupations environnementales
Il est même permis de dire que le syndicat mixte a coordonné sur le massif du Pilat les interventions de l’État. Le programme indicatif l’atteste.

Dans le livre du Parc, quatre décennies ont déjà été écrites et les responsables du Parc doivent se préparer à écrire la cinquième. Sans doute ne pourront-ils pas ne pas tenir compte de la réforme territoriale en cours de gestation.
En effet, les élus qui nous gouvernent ont enfin compris qu’à l’image des grandes nations européennes, il était devenu indispensable de donner à notre pays une organisation territoriale plus rationnelle donc plus efficace, moins coûteuse et plus intelligible aux yeux de nos concitoyens.
Il est probable que les nouveaux acteurs des politiques publiques du pays relèveront d’une étroite collaboration entre les régions dont le nombre va être réduit et les intercommunalités dont la montée en puissance est inéluctable.

Serge Malfois
Pélussin, juin 2014.

Ingénieur en chef du Génie Rural et des Eaux et Forêts,Serge Malfois a commencé sa carrière à Beauvais comme chef du service  de l'aménagement rural à la DDAF de l'Oise. Il a ensuite été détaché à la Société pour la mise en valeur des Régions Auvergne Limousin , à Clermont Ferrand comme sous directeur de la division agricole. Il a dans le même temps présidé le centre de formation et d'études rurales appliquées de l'Université de Lyon 2 . Serge Malfois 1974Affecté en 1972  à Saint Etienne comme chargé de mission auprès du Préfet de la Loire et du Président du Syndicat mixte du Parc du Pilat,il a contribué à la création de ce Parc avant d'en devenir le premier directeur de 1974 à 1983.
Nommé, directeur régional de l'architecture et de l'environnement de la Région Poitou-Charente à Poitiers il a aussi été chargé de mission auprès des ministres de l'environnement et de l'agriculture au titre de l'aménagement des Marais de l'ouest
Il a terminé sa carrière à la Datar,où il a eu la responsabilité de l'environnement et des paysages dans les 15 pôles de conversion industrielle créés par le gouvernement.
Serge Malfois est officier de l'ordre national du mérite et officier du mérite agricole. Il est également chevalier des palmes académiques et de la jeunesse et sports.
(photo Serge Malfois 1974).
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