L'HABITAT DANS LE PILAT

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Cher Pilat ! Il y a ceux qui ne t’ont jamais quitté, ceux qui te retrouvent après des années d’absence, et enfin ceux pour qui tes superbes paysages sont la réponse à un idéal de vie.
Habitants du Pilat, nous sommes riches de notre diversité, mais nous avons ce territoire en commun. Vivre à la campagne, qu’est-ce que cela implique dans notre quotidien et pour la collectivité ?
Le mythe de la vie à la campagne
Que l’on cherche à s’installer à la campagne avec l’idée de fuir la ville et ses désagréments, que l’on rêve de vertes collines où le cadre de vie semble idyllique, ou que l’on désire rejoindre le berceau familial, les raisons de l’installation en zone rurale sont multiples.
Un sondage BVA de 2011 confirme que 65 % des Français résidant dans une ville de plus de 20 000 habitants aimeraient vivre à la campagne. Une campagne qui sera d’autant plus attractive si elle offre une combinaison de services, de commerces et d’infrastructures. Pas trop loin du travail, pas trop loin des services… tout en gardant un œil sur le prix du m2 ! Car le tarif du foncier près des centres urbains a fortement augmenté, provoquant ainsi une extension de la zone résidentielle vers des zones plus rurales. Cette tendance nationale se vérifie ici dans le Pilat, où l’étalement du résidentiel pose des problèmes de grignotage des terres agricoles, de mobilité et d’accès à la propriété.
Les enjeux de la néo ruralité
La pression foncière est variable suivant les différents secteurs du Pilat : plus forte, par exemple, à proximité de Saint-Etienne ou de Condrieu. Cette problématique induit des questions d’accession à la propriété et donc de politique sociale de l’habitat : c’est le prix du m2 qui va définir le type de population qui va pouvoir s’installer ici plutôt que là. Un exemple : si la pression foncière est trop forte, le coût de l’immobilier est tel que les jeunes sont contraints de s’installer ailleurs. Ces questions se règlent pour partie dans le programme local d’habitat (PLH), de la compétence des communautés de communes.
L’arrivée de nouvelles populations a permis de dynamiser les territoires ruraux : la relance est d’ordre économique (les habitants sont des consommateurs), mais aussi démographique et les intercommunalités rurales mènent des actions en faveur de l’installation de nouveaux actifs.
Les collectivités valorisent leur territoire pour les rendre attractifs, mais il faut aussi souligner l’importance de l’action des associations en milieu rural. Agissant dans le domaine culturel, sportif ou social, on peut louer le dynamisme qu’elles apportent à nos campagnes. Des associations de service à la personne (telle l’ADMR) permettent d’apporter des solutions à des résidants qui ne pourraient plus habiter à la campagne, car trop isolées.
Qu’en est-il de l’école ? Gage du renouveau des populations en milieu rural, l’école est parfois dans une situation précaire. Les difficultés (fermetures de classes, regroupements pédagogiques intercommunaux) ont modifié le quotidien des familles, parfois au détriment de la mobilité. Néanmoins, la scolarité s’y déroule bien, sans que les élèves soient pénalisés par rapport à ceux des villes. C’est à l’entrée du collège que les choses se corsent, la distance entre lieu d’étude et foyer s’allonge, les journées sont plus longues et les frais de scolarité pèsent lorsque les enfants font des études secondaires.
Économiser le foncier et densifier l’habitat
lhabitat2Les élus des communes du Pilat ont pour objectif d’économiser les espaces naturels et agricoles, ce qui s’exprime à travers les PLU (voir p. 12-13). Il faut donc trouver un nouveau mode d’habiter, tout en prenant en compte le désir légitime de tranquillité et d’indépendance des habitants. L’avenir n’est plus dans la multiplication des pavillons telle qu’on l’a connue jusqu’à présent : pour continuer à accueillir de nouveaux résidents, le mot d’ordre est la densification, c’est-à-dire composer avec l’existant en réhabilitant et en optimisant les logements dans les centres bourgs et les hameaux. L’habitat traditionnel apporte certaines réponses au besoin de densifier : les maisons dans les hameaux étaient imbriquées et économes en surface. Ce modèle donne une partie des clefs pour une reformulation de l’habitat à la campagne.
C’est, en contrepartie, un habitat plus couteux à la conception, car son implantation est complexe, mais dans le temps, il est plus intéressant par la mutualisation qu’il propose (chauffage collectif, services regroupés, coup de main d’un voisin…). « Notre jardin, c’est la rue. Les enfants se retrouvent pour jouer ensemble, les rues étant trop étroites pour que les voitures représentent un danger. Le quartier ancien n’a pas changé, on est chacun chez soi et tous ensemble » témoigne cette habitante d’un quartier historique de Pélussin.
L’objectif est aussi de rationaliser les coûts pour la collectivité : acheminement du courrier, ramassage scolaire, collecte des poubelles, entretien des routes, pèsent d’autant plus dans les budgets que le résidentiel est éclaté.
L’habitat et la mobilité
Dans nos sociétés actuelles, deux problématiques sont fortement liées : celle d’habiter et celle de se déplacer. En milieu rural, la voiture, qui permet de se rendre sur son lieu de travail, d’emmener ses enfants à l’école, de faire ses achats ou d’aller se divertir, est au centre de notre organisation. Difficile de vivre à la campagne sans véhicule ! On néglige souvent le poids financier que représentent les déplacements dans le budget familial. Epures a mis en place l’outil e-mob, pour une « pédagogie de la mobilité » (voir ci-dessous).
Se déplacer représente un coût, mais aussi un temps, un temps que l’on passe assis dans la voiture au détriment d’un temps accordé à sa famille, à ses loisirs. La plupart d’entre nous s’en contentent, d’autres préfèrent rejoindre les centres urbains après une expérience de vie à la campagne où la contrainte du déplacement nuit à la qualité de vie. Les ruraux rencontrent paradoxalement, et de façon encore plus importante que les gens de la ville, un problème de sédentarité. On ne marche plus, on ne prend pas le vélo, car les routes sont dangereuses, tout déplacement même le plus modeste est fait en voiture… alors qu’il est reconnu que marche et vélo permettent un exercice physique modéré, bon pour la santé et excellent pour le moral !
L’emploi est lié à cette question de mobilité. Il pose la question des migrations pendulaires, expression qui désigne le déplacement des personnes pour se rendre à leur travail. Une enquête réalisée en 2012 a mis en évidence ce phénomène entre le Pilat et les agglomérations voisines, surtout sur le versant rhodanien. Dans un cas extrême, le village n’a plus aucun commerce, il devient un dortoir, à l’image de certaines citées pavillonnaires. Le travail à domicile (ou télétravail), que les élus souhaitent développer, est une voie à creuser pour limiter ce phénomène de déplacements quotidiens. En effet, le télétravail, par ses vertus sociales, économiques et environnementales, a toute sa place dans un objectif de développement durable tel qu’on peut l’espérer dans le Parc du Pilat.
Originalité et limites :  une règle pour tous
Ce n’est pas parce qu’on vit à la campagne, parfois isolé, qu’il est possible de faire n’importe quoi. En terme d’architecture, des règles sont travaillées par les élus et définissent les Plans Locaux d’Urbanisme. Ces PLU fixent un cadre réglementaire à la construction, dans le but d’une continuité paysagère et d’une protection des espaces agricoles. Sur quoi se fondent-ils ? Sur la prise en compte du patrimoine local, qui témoigne de l’utilisation de la pierre, de la tuile canal, d’une certaine palette de couleurs, de la pente des toitures, etc. : ceci permet d’assurer une cohérence et une harmonie au territoire. Les rénovations ou constructions nouvelles doivent respecter cette forme ancienne pour s’inscrire dans la continuité.
Néanmoins, les règles ont évolué au fil du temps. Les élus ont conservé une base, mais sur certains points, ils ont souhaité aller plus loin dans les recommandations. Ainsi pour l’intégration de la maison dans la pente du terrain, l’insertion de panneaux solaires : des solutions pratiques sont proposées.
Le Parc naturel régional du Pilat intervient en amont, auprès des communes, pour aider à la rédaction des PLU. Chaque commune fixe ses limites. L’exemple du Bessat montre qu’il existe aussi une certaine souplesse au regard des règles : bien que le chalet ne soit pas dans la culture locale, la commune l’a autorisé par rapport à une activité touristique évoquant la montagne.
Le respect ou non de la réglementation touche à la question du vivre ensemble, si je fais comme j’en ai envie, sans tenir compte de la loi, mon voisin peut se sentir lésé. Le projet de la communauté est atteint et affaibli, car il ne fonctionne que si chacun est prêt à en respecter les limites.
Katia Chételat

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